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Confier la communication du Plan Sénégal émergent à une agence étrangère est un  scandale multidimensionnel. Premièrement pour son incohérence, deuxièmement pour l’exorbitance de son prix, troisièmement pour son insulte à l’intelligence nationale.

 

En quoi confier cette communication à une agence étrangère de surcroît occidentale est-t-il incohérent ? La première règle d’or en communication de ces dernières années, est le devoir de cohérence. La communication  recherche la cohérence entre le contenu des messages, la réalité de l’organisation ou l’institut, l’adéquation des marques et des services et les objectifs poursuivis.

Quels sont les objectifs du Plan Sénégal Emergent ? Comment peut-on parler de l’émergence d’un pays sans pour autant commencer par faire confiance à sa matière grise, à l’intelligence de son peuple ?

Certes la communication n’est pas un jeu ; mais cela fait des décennies que les sénégalais sont formés en information et communication, en plus sur les mêmes bancs d’école, et les mêmes formations que les membres de ces agences occidentales choisies. Ils auraient pu définir une stratégie de communication pour le Plan Sénégal émergent, d’autant plus lorsque l’on s’aperçoit que la stratégie et le visuel qui ont été définis ne sont même pas extraordinaires. Mais parlons d’abord de la forme. Tout le monde sait qu’en communication le fond et la forme sont étroitement liés, comme une pièce de monnaie « Tout nu, le fond s’enrhume et votre communication éternue ! » Notre gouvernement aurait pu aussi faire appel à la matière grise de la diaspora, s’il n’a pas confiance en son intelligence nationale locale, comme c’est souvent le cas ; et faire comme dans le sport… L’inverse n’est même pas imaginable, sans pour autant verser dans le nationalisme racial. Tous les communicants de ce pays savent nettement que quand les américains vous confient un marché de communication, vous êtes obligé de faire valider la stratégie par une agence américaine ; pas pour la corriger mais pour faire bénéficier aux américains d’une partie du budget. Les ONG américaines sur le sol sénégalais savent bien de quoi nous parlons. Pourquoi donc continuons-nous à être crédules, naïfs, à la limite bêtes…

Malgré l’enjeu financier-économique, l’Etat pouvait associer une à deux agences fondamentalement sénégalaises pour faire bénéficier à ses administrés, de l’expérience et du profit qui sera encore investi dans le pays. En plus il avait le choix. Comme le dit l’agence française Eldelman choisie elle-même : « Effacer la phrase : « c’est la façon dont cela a été fait avant » de votre esprit. Remplacez-la par la question « et si nous faisions cela à la place? » Notre gouvernement avait le choix ! Nous avons toujours le choix ! La Patrie d’abord avant Paris !

Deuxièmement pour le prix : 1 million d’euros (655 millions FCFA), l’agence Eldelman se paie une lune de miel avec le régime Macky Sall ! Une affaire de gros sous. L’agence française, d’origine américaine, spécialisée en stratégies et en relations publiques, Eldelman Paris, dirigée par Florence Baranes-Cohen a décroché le juteux marché de l’opération communication de l’Etat sénégalais pour les besoins du Groupe consultatif de Paris, mais sait bien qu’elle ne l’a pas mérité. Car le prix est exagéré aussi bien que le choix porté sur elle. 1 million d’euros, ce sont des centaines de sénégalais embauchés, c’est de l’expérience pour les milliers de jeunes formés en communication et marketing. 1 millions d’euros confié à des sénégalais peut constituer le début de l’émergence.

Troisièmement l’insulte à l’intelligence nationale. On peut comprendre quand il s’agit de la technique, que l’on fasse appel à des chinois ou des américains…etc. Mais quand il s’agit de la créativité, de la réflexion, les sénégalais doivent être aussi capables d’utiliser leurs neurones. Car la communication, c’est avant tout une question de bon sens, un état d’esprit! Communiquer c’est : donner du sens pour favoriser l’appropriation, donner de l’âme pour favoriser la cohésion ! Convaincre  pour faire adhérer. Une bonne communication ne sauvera jamais une mauvaise stratégie…

… Mais une mauvaise communication peut « plomber » une bonne stratégie!

Par conséquent si nous continuons à confier des travaux dans les domaines sociaux aux occidentaux qui ne maîtrisent pas forcément nos réalités, nous insultons notre intelligence et nous remettons notre système éducatif en cause. Alors dans ce cas, changeons de cap! La communication ne peut pas être définie comme une science, son domaine n’est pas suffisamment délimité et ses méthodes sont embryonnaires et donc il est possible de le définir comme un art, même si elle prétend au professionnalisme des techniques. C’est pourquoi une agence sénégalaise aurait pu gérer la communication du Plan Sénégal émergent sans problème. Ne s’agit-il pas de l’émergence des Sénégalais?

 

Attaquons-nous maintenant à la forme : mis à part le lobbying qui a été fait, la statégie, comme le plan de communication, encore moins l’orientation créative ne sortent de l’ordinaire. Il n’y a pas eu de « disruption » (rupture). Et le cas Sénégal émergent ne sera pas un cas d’école en tous cas dans son aspect communicationnel. Au contraire, c’est d’une banalité méprisante.

3 flèches verte, jaune, rouge qui montent! Bof, des concertations, des séminaires, des voyages à des pauvres journalistes à 650 million de FCFA. Mon Dieu…

Décidemment, c’est le printemps des agences françaises superbement bien servies sur la place dakaroise. Après le franco-marocain, Richard Attias, qui a raflé le marché de la communication du prochain sommet de la Francophonie à Dakar, dans des conditions obscures et qui continuent à défrayer la chronique ; le journaliste Philippe Perdrix, patron de la toute nouvelle agence 35 °, et qui conseille en solo le ministre sénégalais des Finances et de l’Economie pour une signature de 100 000 euros (soit 65 millions de FCFA).

Cela devient insupportable, au moment où des milliers de Sénégalais sont formés en communication globale. Au moment où on demande aux Sénégalais d’entreprendre… Et s’ils entreprennent et qu’on leur donne pas la possibilité de faire valoir leur expertise?

 

Il faut que Macky Sall sache que ce n’est pas en clamant qu’on est né après les indépendances qui fait ou fera de lui, un homme libre et indépendant, mais c’est en le montrant par des actes. Comme le disait le grand Wolé Soyinka : «  le tigre ne crie pas sa tigritude, mais saute sur sa proie et la dévore ».

 

Babacar Beuz Diedhiou

 

 







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Cet article a été écrit par Ajonews

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