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C’est hier  que le tribunal du travail de Ziguinchor a donné le verdict du procès qui opposait la société BTP AREZKI  et son employé Mariama Marie Mané. Une somme dérisoire de 10 millions FCFA a versé à la victime pour un licenciement abusif reconnu et orchestré. Un verdict qui  ne satisfait pas la victime,  ni toutes les personnes éprises de justice, alors que cette dernière demandait une somme de 50 millions à juste titre ,  pour ses  plus de 10 ans d’ancienneté, sa loyauté à la  société,  et pour  avoir  subi un  licenciement arbitraire !  Mais dans ces endroits la raison du plus fort est toujours la meilleure.

 Les faits !

Au Sénégal, un employeur peut licencier comme il veut, quand il veut, abusivement, et sans aucun risque. Quand la demande est excessivement supérieure à l’offre dans un pays, les employeurs peuvent se permettent des choses inadmissibles, surtout si la législation n’est pas rigoureuse, et si les employés manquent d’éléments et outils pour affronter leurs employeurs.

Ca ne sera pas le cas de Madame FAYE ! Employée par la société AREZKI SENEGAL .SA depuis le 1er janvier 2009, avec un CDI prenant effet le 01er octobre 2010, presque 10 ans ! Du jour au lendemain, son directeur d’exploitation (Chef d’Antenne) lui propose un protocole de rupture de contrat à l’amiable qu’elle doit signer inc et mun, ici et maintenant!

Heureusement ou malheureusement, elle exige de prendre le temps de lire le contrat attentivement chez elle, malgré leur insistance.

Une fois à la maison, à l’aide de l’Inspection du travail, elle constate la proposition d’une indemnité dérisoire, l’équivalent de quelques mois de salaires, avec des clauses et des articles vicieux : pas de possibilité de revenir en arrière, pas de recours envisageable, et l’obligation de fermer sa bouche pour toujours une fois le document lu, approuvé et signé ! Pourtant, une semaine auparavant, le même directeur lui annonçait officieusement que l’on voulait rajeunir l’équipe, que l’on voulait se séparer d’elle, mais qu’elle aurait une bonne proposition, vu son ancienneté, son abnégation au travail et son professionnalisme !

A sa grande surprise le contrat n’est qu’un alignement de directives et d’interdictions, et une petite miette lui signant son passage de la précarité où elle se résignait à la pauvreté ! Quels esprits tordus! Quel manque d’humanisme ! Quel manque de respect ! Quelle arrogance, quel manque de pitié pour une femme, mère de famille avec 6 enfants à charge ! Quel capitalisme à outrance ! Quel manque de socialisme !

Devant une contre-proposition plus équilibrée et plus équitable, sans exagérations, et sans arrière-pensée litigieuse, l’employeur lui répond par une demande d’explication (soit disant retard tout le mois de mai 2018) et une affectation d’urgence, en dehors du territoire sénégalais!  Marie Mané doit partir en Guinée-Bissau dans les 4 jours qui suivent !

Marie Mané n’est qu’une des milliers de victimes avérées et sans défense.

L’entreprise AREZKI, gérée par des libanais, et dont l’évolution actuelle est assurée par les quatre actionnaires successeurs : Tarek AREZKI, Ziad AREZKI, Ahmed AREZKI, Soussou Yousra AREZKI, comme beaucoup d’autres du même type n’en est pas à sa première. Super-puissantes, super-protégées, super-corruptrices, beaucoup d’entreprises se débarrassent de leurs employés comment elles veulent et quand elles le désirent ; sans parler de comment elles les exploitent, ni de l’exploitation des ressources du pays dans lequel elles évoluent…

Les licenciements au Sénégal ne reposent, pour la plupart du temps, pour ne pas dire toujours, sur aucune cause réelle et sérieuse.  Beaucoup de salariés estiment que les deux conditions ne sont pas remplies mais malheureusement ils ne peuvent saisir la loi ou une juridiction qui viendrait à leur rescousse.

Comment peut-on, sous prétexte de rajeunissement, briser la carrière d’une pauvre femme ?    Voici un licenciement fondé sur une cause irréelle et irrespectueuse, sur des éléments subjectifs ! Ce licenciement est plus qu’abusif, arbitraire et oppressif. On ne lui parle pas d’une insuffisance professionnelle, d’une inaptitude constatée ou d’un refus infondé d’une mutation, juste d’une envie de se débarrasser d’elle en raison de son âge.

Oui, les employeurs ont le droit de licencier un salarié, c’est leur pouvoir de direction. Mais ils ont des conditions à respecter, et les salariés sénégalais doivent pouvoir contester ces licenciements, en saisissant la justice. Ils doivent pouvoir obtenir réparation du préjudice subi par la perte de leur emploi, et se voir verser des dommages et intérêts. Et le préjudice matériel comme moral doit être pris en considération. Malheureusement, on en est loin ! Le cas de Mariam Marie Mané devrait être une occasion pour l’Etat de revoir sa disposition prudhommale, et d’inviter ces exploiteurs à plus de respect envers les pauvres travailleurs.

Aujourd’hui Maiama Mané demande  une compensation de 50 millions FCFa, un montant jugé raisonnable par ses conseils par rapport au salaire qu’elle percevait et les 18 ans de service qui lui restait . Seulement, au verdict du procès qui est tombé hier, le tribunal a décidé qu’il ne lui sera versé que 10 millions FCfa. Non contente de ce verdict, Mme Faye compte faire appel afin que justice soit faite .

Babacar Beuz

 







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Cet article a été écrit par babacarbeuz

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