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Les violences faites aux femmes et aux filles sont devenues une réalité sociale sous nos cieux. 60% des femmes sénégalaises avouent avoir été victimes de violences conjugales, selon une étude de la Banque Mondiale. D’après une autre étude faite par le laboratoire Genre et Société (GESTE) de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, 52% des violences basées sur le genre se sont passées dans la sphère domestique.

Sachant que les cas réels dépassent de loin les cas relatés, la majorité des victimes préfèrent souffrir en silence que de dénoncer leur bourreau du fait du caractère tabou des violences conjugales. Osons le dire, les foyers peuvent constituer un véritable danger, voire même un mouroir pour nous femmes. Pour reprendre l’activiste des droits de l’homme Pierre Sané, « beaucoup de sénégalaises vivent dans une prison discrète, voire invisible, faite de harcèlements, d’étouffements et d’inquiétude ».

Et le dernier cas du couple des Maristes démontre encore une fois combien la société peut être intolérable envers la femme. Encore une fois, n’acceptons pas que pour des cas isolés, l’opinion veuille renverser la tendance. Les médias, encore une fois interpelés dans leur façon de traiter les faits, condamnant la présumée auteure des faits alors qu’aucune versions officielle des faits n’est encore connue et pointant du doigt les organisations de femmes.

Disons-le, le processus de changement de comportements suit différentes phases, au cours desquelles, l’information, l’éducation et la communication sont les maîtres mots.

Comme le disait Frantz Fanon, « à chaque génération, une mission, qui lui appartient de remplir ou de trahir », aujourd’hui, la nôtre est de participer vivement, de toutes les manières possibles à la création d’une société juste et équitable où les femmes et les hommes jouissent pleinement de leurs droits humains fondamentaux, vivent dans la paix et la sécurité, participent à part entière à la gestion des affaires publiques et disposent du pouvoir de décision.

C’est là toute la richesse et la pertinence d’une presse engagée qui se veut un cadre de réflexion et d’échange sur les enjeux et défis actuels pour une amélioration des situations difficiles que vivent les femmes et auxquelles elles ne voient pas d’issue. En zone rurale, comme en milieu urbain et péri urbain, les femmes constituent une force de changement dont le potentiel d’activités mérite d’être mieux soutenu, mais aussi, de servir de modèle à toutes ces jeunes femmes et filles qui doivent avoir pour mission de prendre la relève.

Chaque jour on voit à travers les médias des publications, des diffusions, des émissions, des informations véhiculaires d’idées stéréotypées qui reflètent d’ailleurs la croyance populaire sénégalaise, mais aussi de la plupart de nos sociétés traditionnalistes africaines.

La presse devrait, à l’orée du troisième millénaire et dans un contexte de féminisation de l’espace médiatique, être un support de promotion des questions féminines, du leadership féminin, de lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, de soutien des causes féminines et de proposions de solutions durables, capable de donner des informations clés aux citoyennes et citoyens acteurs du changement.

Aussi longtemps que l’on remonte dans l’histoire de l’Afrique, il y a toujours eu des femmes, héroïnes, prophétesses, prêtresse, ou guerrières, qui se sont illustrées par leur courage, leur intelligence et leur abnégation dans la marche et la défense de leurs sociétés respectives. Pensons à, Aline Sitoé Diatta, la prêtresse de Kabrousse, les Linghére Ndatté Yalla, Ndieumbeut Mbodj, du Walo, Yacine Boubou, Ngoné Dieye, les héroïnes du Cadior, la Princesse Yennenga, Mère fondatrice du peuple Mossi, Aminatou de Zaria, Reine-guerrière haoussa, Elisabeth Bagaaya, Princesse de Toro, Al Kahena, la Reine Berbère, la Reine Pokou de Côte d’Ivoire, Ranavalona III, reine de Madagascar, Néfertiti d’Egypte, la Reine Saba de l’Ethiopie, etc. N’oublions pas aussi ces héroïnes contemporaines qui, pour emprunter les mots de l’illustre écrivain Mariama BA, très tôt arrachée à notre affection et dont l’ouvrage Une si longue lettre fait partie des plus grands chefs-d’œuvre du siècle qui fait l’étalage de la condition féminine dans nos sociétés patriarcales, « sans tambour ni trompette », se sont érigées en bouclier face à une société devenue trop restrictive à l’égard des femmes, pour porter le combat de leurs sœurs.

La pensée féministe, ainsi que les combats féminins, ont souvent été réduits à de simples revendications du genre, parfois même taxés de combat sans objet de « femmes pas assez femmes », porté par des intellectuelles en déphasage avec nos réalités sociales.

Que nenni !

Et dans ce sens, la presse a un grand rôle à jouer pour la « conscientisation » des masses et des décideurs en évitant toute idée stéréotypée qui réconforterait les autres dans leur volonté de refuser aux femmes l’accès à leurs droits les plus fondamentaux.

 

Par Maimouna Makoar Diouf

Sociologue – Journaliste

Présidente du Réseau des Journalistes

en Genre et Droits Humains







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Cet article a été écrit par ajonews

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