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Depuis quelques temps, il prévaut au sein de l’Université sénégalaise une crise effroyable aboutissant, il y a quinze jours, à la mort d’un étudiant suite à un affrontement entre les étudiants et les forces de l’ordre. Cette situation est certes préoccupante car personne ne souhaiterait la mort de son enfant envoyé à la recherche de savoir dans un milieu sensé être le temple du savoir et non une jungle où l’on s’entretue. Depuis, les commentaires vont bon train, chacun y va de son opinion, l’Etat, les policiers, les étudiants, à chacun son coupable idéal. Mais a-t-on vraiment cherché à voir le fond du problème, la source profonde de cette crise sempiternelle ? Les conditions dans lesquelles sont mis les étudiants sont-elles dignes de personnes à la recherche du savoir ? Cette crise n’est-elle pas l’aboutissement d’un mal-être longtemps englouti ?

La corrélation très étroite entre les probabilités objectives scientifiquement construites (par exemple, les chances d’accès à tel ou tel bien) et les espérances subjectives (les « motivations» et les « besoins») démontre une certaine causalité dans la mesure où la réalisation et les conditions de survie de l’individu sont intrinsèquement liés à l’environnement dans lequel il vit mais aussi et surtout les conditions d’existence dans lesquelles il est mis. Certains individus ont des personnalités rétroactives qui fait que dans une situation donnée, ils usent de leur pragmatisme pour trouver des solutions alternatives, alors que pour d’autres, leurs seuls moyens de survivre à une situation donnée est de subir, et attendre passivement qu’advienne ce que pourra.

Si on veut construire un Sénégal émergent, les écoles et les élèves, qui y vont, seraient dans les meilleures conditions et cette crise, en quelque sorte, montre que nous n’avons pas de projet de société pour ces jeunes qui sont appelés à devenir ceux qui doivent tenir les reines de notre Sénégal de demain. Et l’incertitude de quoi seraient faits leurs avenirs pourrait constituer une psychose aux nombreuses conséquences telles que ce qui se passe actuellement dans les établissements universitaires. On ne peut pas construire un pays, ni le mener vers le développement, sans qu’il y ait une bonne institution scolaire, solide, dotée de toutes les ressources qu’il faut et remplissant pleinement son rôle dans la société.

Le rôle de l’Université, c’est d’aider ceux qui y accèdent à devenir savants, à être pensant et pour penser il faut avoir des outils et de la matière. L’Université doit normalement contribuer à la maturation du sujet en lui donnant les moyens intellectuels, moyens cognitifs de pouvoir être capable de lire la vie et de lui donner une orientation. De même, elle doit apprendre à s’adapter en ayant des ressources qui permettent à l’individu de pouvoir acquérir ou renforcer une identité. Bref, ce temple du savoir doit être une instance d’intégration qui participe à la socialisation du sujet en étant laïque et démocratique, en étant porteur de sens, globalement, elle doit aider l’individu à se construire.

Mais, c’est une évidence qu’aujourd’hui, l’enseignement supérieur sénégalais, malade depuis plus de deux décennies et qui ne vit que de grèves, ne peut pas satisfaire aux besoins psycho-psychiques des étudiants qui y sont, dira-t-on même qu’elle n’a plus cette vocation.

Alors les facteurs de risques psychosociaux sont souvent pluriels et engendrent des cercles vicieux entre eux. Les impacts sont nombreux, ils sont tous dans un sentiment de désespérance, c’est une dépression masquée qui envahit les étudiants qui sont là dans l’errance et la souffre-errance. Ils font comme ils peuvent, on voit souvent dans l’espace universitaire certains qui sont dealers, de la drogue ou d’autres choses, d’autres qui s’adonnent à la prostitution, d’autres cherchent une créativité en elle-même. Ce sentiment de désespérance les amène à tout, les grèves récurrentes, les face-face avec les forces de l’ordre, parce que tout simplement ils sont dans des situations où ils n’ont plus peur de rien, regardez l’agressivité et l’intolérance qui sévit aujourd’hui dans le monde universitaire, regardez leur violence, même leur intégration dans les confréries est un refuge pour eux. Tout cela démontre qu’il y a une vacuité totale, de l’énergie libre alors que c’est une énergie, quand on est jeune, qu’on a envie de la capturer et la sédimenter vers quelque chose sinon c’est une énergie dispersée et à tonalité dépressive.

En réalité, comme tout individu qui ne porte pas un respect fondamental à son bien-être est malade, toute institution qui ne prend pas compte la dimension psychosociale de ses composantes  tombe malade. Force est de constater qu’aujourd’hui, l’enseignement supérieur, dont les études universitaires sont la partie prenante, n’est plus ce qu’il était avant.

Maintenant, il est important que tous ensemble nous essayons de voir quelles solutions pour une réhabilitation de l’université sénégalaise.

Alors, la problématique c’est quelle université, pour le Sénégal ?

Tout récemment, le gouvernement sénégalais a organisé la Concertation Nationale pour l’Avenir de l’Enseignement Supérieur (CNAES), une très grande et indispensable initiative d’ailleurs, conduite par un comité de pilotage composé d’éminentes personnalités de l’intelligentsia sénégalaise. Malheureusement, cette initiative n’a pas porté ces fruits dans la mesure où malgré tous les efforts humains et financiers fournis pour mettre fin à cette crise universitaire, les choses n’ont pas bougé. Pire encore, elles se sont aggravées car les étudiants se sont sentis imposés des réformes venues de nulle part et en déphasage complète avec nos réalités socioéconomiques.

La CNAES était une étape remarquable dans l’histoire de notre pays à laquelle il faudrait revenir, même s’il y a eu des points de divergences qui ont fait que les gens ne sont pas focalisés sur l’essentiel.

L’urgence est à la création et la restructuration des espaces dits de régulation qui désignent tout espace neutre permettant d’apaiser les tensions, les conflits, et de prendre une distance psychique salutaire, qu’ils soient formels ou informels.

Sur le plan formel, on peut parler des centres d’œuvres qui ont pour vocation première de donner aux étudiants des cadres d’épanouissement sociaux qui doivent créer les conditions adéquates pour que les étudiants puissent étudier tout en s’épanouissant psychologiquement.

Sur le plan informel, il y a les amicales et associations de ressortissant qui ne doivent pas seulement servir de cadre de retrouvailles, certes c’est bien, mais aussi de lieu de lamentation si on peut parler ainsi, elles doivent servir de boites à problèmes, où les membres doivent pouvoir échanger sur les différents problèmes auxquels ils font face afin de trouver des solutions.







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Cet article a été écrit par ajonews

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