Le père de l’étudiant tué a parlé


Fallou sène

Le père de Fallou Sène, tué à l’Université Gaston Berger, a dit son mal, sa douleur, sa tristesse, sa mélancolie… ! Des paroles chargées d’émotions, de significations, mais pauvres en calcul, et en stratégie politique. Il n’en a pas besoin ! Il vient de clamer l’un des plaidoyers les plus éloquents jamais prononcés contre la terreur comme instrument d’action politique. Il a touché toutes les âmes, même celles des assassins de son fils ! Comment a-t-il pu avoir la maîtrise, les mots qui siéent, la tonalité qu’il faut, et une telle inspiration? « Fallou, était mon espoir et celui de sa maman. (…) Fallou est un enfant correct et dévoué (…) Fallou avait une place importante dans mon corps et mon être (…) Sa mort est une douleur pour moi et pour toute ma famille… ».

Surpris, dépassé, assommé, il a gardé la tête haute et la dignité, afin de délivrer un hymne à la vie, et un discours d’adieu à son fils ! Et les autorités sont mises à l’épreuve et au crible…  Il a dit : « pour le restant de ma vie, il sera toujours avec moi, car il ne vivait que pour moi et je ne vivais que pour lui ! »

Fallou est bien mort!

Amour, tristesse, colère, rage, le père de Fallou Sène nous trimballe, nous ballade sans le vouloir ! Une mise en scène sans précédent auraient dit les critiques dramaturges ! Sauf qu’ici,  ni le décor, ni les paroles, ni  le chœur des pleureuses ne sont réfléchis, ni discutés au préalable, ni voulus ! Tout prend sa source dans ce qu’il peut y avoir de plus beau, et de plus noble : l’amour, que des criminels sont venus interrompre tristement et brusquement !  Amour et tristesse mêlés de rage, le tout emballé dans une maîtrise, une contenance, une spiritualité, dont seul un père meurtri, touché, sage peut avoir ! Le père de Fallou leur dit droit dans les yeux, qu’ils n’ont pas le droit de tirer sur un innocent et pauvre étudiant.

« Il était mon sourire, mon bonheur et ma joie, et je l’aimais. » Sa maîtrise et sa lucidité n’empêcheront pas de se poser la question sur cet acte criminel sans raison ni explication.

Il a dit simplement en quelques minutes le mal d’une société ! Il a dit simplement, sans engagement partisan, l’incompétence et le manque de considération des dirigeants ! Au moment où son fils est considéré comme un martyr d’une révolution, il ramène les choses à une dimension subtile, délicate, naturelle, d’amour filial. « Fallou, était venu en vacances me voir avec sa femme, et on a passé de bons moments et j’étais trop content… »

Un discours simple, mais pas simpliste ! Car il pointe l’empathie, et interroge l’humanité des assassins et des donneurs d’ordres. Il demande aux gouvernants s’ils savent combien de fois un enfant est sacré chez les modestes gens ? Savaient-ils l’amour qu’il y a entre un père et son enfant ? Il leur  dit : nous les pauvres nous n’avons peut-être pas les moyens d’emmener nos enfant en Europe, ni  de leur payer une école privée, ni de les empêcher de courir derrière une minable bourse, mais nous les aimons autant que vous aimez les vôtres, ils comptent pour nous autant que les vôtres, et notre espoir pour eux est grand !  Car ils sont la relève, ils sont  un maillon important de la chaîne de solidarité, ils sont nos seuls bien !

Il a interpelé la conscience et la responsabilité des commanditaires, et de tous les Sénégalais dans leur majorité !

Fallou est mort ! Plus rien n’a de goût dans cette vie pour son père, parce qu’ils avaient des choses à se dire, à vivre ensemble ! Comment ont-ils osé les séparer si brutalement ?

Fallou est bien mort, mais la lucidité et le courage de son père sont un signe d’avertissement pour tous ces criminels, et ces crétins qui nous dirigent.

 

Babacar Beuz Diedhiou







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Cet article a été écrit par babacarbeuz

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