ndioli

La lecture est placée au cœur des objectifs de Kusoma Group, ce start-up crée afin de mettre en relation les lecteurs du monde et africains en particulier. Derrière cette initiative un jeune féru de lecture  et qui est lui-même écrivain plus connu sous la plume de Marcus Da Writer. Rencontre

 

Ndjoli, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs d’Intelligences magazine ? 

Bonjour ! Je me nomme IbukaNdjoli, autrefois également connu en tant que Marcus Da Writer, nom par lequel je signais mes œuvres de fiction. Je suis écrivain et entrepreneur, dans cet ordre, notamment le fondateur de Kusoma Group, une startup qui ambitionne de démocratiser la lecture en simplifiant la publication des livres africains et facilitant leur acquisition par les lecteurs du monde entier. Outre cela, je suis consultant en Digital Marketing et un passionné de lecture. Enfin, je tiens un blog que j’ai nommé Ibuka Sharing (ibukasharing.com) sur lequel je partage des tips et conseils sur l’Entrepreneuriat, le Marketing, le Développement Personnel, et mes réflexions et découvertes.

Pourquoi avoir créé Kusoma Group ? Qu’est-ce qui vous a poussé à créer cette plateforme ? 

J’ai créé Kusoma Group pour simplifier l’acquisition des livres africains et permettre à un maximum de personnes, sans distinction aucune, de lire, raison pour laquelle nous parlons de démocratiser la lecture.

L’idée de la création de Kusoma Group m’est venue alors que je parcourais les librairies à la recherche du dernier livre en date de Chimanda Adichie. Le livre était disponible en Occident, mais il fallait attendre deux mois pour l’avoir dans nos pays d’Afrique, au Sénégal en particulier. J’ai pensé qu’il serait plus simple pour tout le monde si les livres africains étaient également disponibles en version numérique, comme c’est le cas de nombre de livres occidentaux. De là est née la première idée de Kusoma.

 

Parlez nous des autres activités de Kusoma. A part rendre disponibles des livres africains, que proposez-vous d’autres ?

En premier lieu, Kusoma était censé être une plateforme où l’on pouvait trouver des versions numériques des livres africains existants. Mais s’étant confrontés à des éditeurs qui refusaient, pour diverses raisons, d’embrasser le livre numérique, nous avons dû lancer notre propre maison d’édition de livres numériques afin de leur prouver que ce que nous leur offrions marchait et pouvait les aider à vendre davantage. De là est donc né les Editions Kusoma. Quelques mois plus tard, constatant que les demandes des versions papier de nos livres ne cessaient de se multiplier, nous avons décidé de lancer un service d’impression à la demande afin de permettre à ceux qui le désirent d’avoir nos livres (et ceux de nos clients) en version papier. Car, démocratiser la lecture, c’est aussi permettre aux gens de lire comme ils le souhaitent. Aujourd’hui, nous travaillons sur un nouveau format de livres que nous comptons bientôt rendre disponible sur notre plateforme, il s’agit des livres audio. Outre cela, nous offrons des services de relecture et correction de manuscrits, confection de couverture et visuels de promotion, numérisation et conversion des manuscrits aux formats numérique, et promotion des livres (stratégie com& marketing + implémentation), car très souvent, l’on oublie que le livre est aussi un produit qu’il faut savoir vendre.

 

Comment se fait la collaboration entre les éditeurs et Kusoma?

La collaboration entre les éditeurs et Kusoma se fait sur différents plans. Nous permettons dans un premier lieu aux éditeurs d’avoir une plateforme de vente de leurs œuvres, que ce soit en version papier, numérique et, bientôt, audio. Ils peuvent, à partir de leur compte éditeur, sur Kusoma, suivre en temps réel l’évolution des ventes de ces livres et voir leurs performances dans le monde entier. Dans un second lieu, nous proposition diverses solutions et services permettant de simplifier le processus d’édition, de promotion et de distribution des livres, qu’ils soient en version papier, numérique et/ou audio.

Pour la première offre, il suffit à l’éditeur de créer un compte sur notre plateforme pour commencer à y publier ses œuvres, suivre leur évolution et récupérer l’argent de ses ventes. Nous prenons une commission de 15% sur chaque livre vendu via notre plateforme. Pour la seconde offre, il suffit à l’éditeur de nous contacter afin que nous puissions lui proposer la meilleure solution ou le meilleur service par rapport à son besoin.

 

D’après votre expérience, notamment dans les livres numériques, les lecteurs Africains sont-ils toujours attachés aux livres papiers ? Qu’en est-t-il du Sénégal ?

Le livre papier n’est pas prêt de disparaître. Nous n’avons d’ailleurs aucun intérêt à ce qu’il disparaisse. Cela dit, il n’est que l’un des supports qui existent, et les nouvelles technologies nous en ont offert d’autres. D’après mon expérience, je dirai que les lecteurs de manière générale, et pas que ceux africains, demeurent fortement attachés au livre papier. L’expérience qu’offre le livre dont on tourne les pages est unique. Cela va au-delà même de la lecture. Si lire apaise, c’est pour toutes les choses qui entrent dans l’expérience de lecture. Mais lire de la sorte exige du temps. Il faut être un féru de lecture pour consacrer du temps à ses livres, et je ne parle pas de lecture. Les piles à lire (PAL) ne cessent de grandir, car le temps manque même aux plus passionnés et il n’est pas toujours possible d’emporter ses livres avec soi. Si on ajoute à cela le coût parfois trop élevé des livres, on a les raisons derrière le faible nombre de lecteurs africains. Le Sénégal ne fait pas exception. Si nous réduisons le champ aux lecteurs, ma réponse est oui. Ils demeurent attachés aux livres papier. Les lecteurs continuent d’acheter des livres, même s’ils ne les liront jamais. Et très souvent, l’on se base sur le nombre de ventes des livres pour tirer des conclusions sur le nombre de lecteurs. Je pense que c’est erroné. Il y a aujourd’hui plus de gens qui lisent sur Facebook qu’il y en a qui lisent de vrais livres. Mais on ne considère pas les lecteurs de Facebook comme des lecteurs, et c’est là où tout est faussé. En considérant cela, je suis tenté de répondre que les lecteurs, incluant ceux de Facebook, ne sont plus aussi attachés aux livres papier qu’ils ne l’étaient autrefois. Ils sont attachés à la lecture et testent de nouvelles expériences de lecture.

 

Malgré les efforts consentis par les professionnels et par des particuliers comme vous par exemple, l’accès aux livres est toujours réservé à une tranche de la population africaine. Comment pourrait-on remédier à cette situation une bonne fois pour toute ? 

Je pense que l’accès aux livres demeure réservé à une tranche de la population parce que nous avons fait du livre un produit de luxe et avons érigé la lecture de livres papier comme seule expérience de lecture possible. Si nous voulons toucher davantage de gens et leur permettre également de lire, il nous faut obligatoirement s’ouvrir à d’autres formats de livre et d’autres expériences de lecture. La jeunesse africaine, par exemple, constitue plus de la moitié de la population africaine. Or, cette jeunesse est plutôt tournée vers la technologie. Elle a toujours son Smartphone en main ou à moins d’un mètre d’elle. Même l’ordinateur ne lui est pas aussi proche. Pour atteindre cette jeunesse, nous devons aller sur le terrain où elle se trouve, autrement, c’est une perte de temps. Il ne faut pas essayer d’amener ceux qui ne lisent pas comme nous le souhaitons à la lecture comme nous l’avons toujours connu. Il nous faut au contraire amener la lecture à eux et les laisser choisir l’expérience qu’ils auront avec elle. Personne ne pensait qu’on pourrait utiliser des applications comme Twitter pour retrouver des personnes perdues ou amener les gens à faire des dons de sang ; or, c’est ce qui se fait aujourd’hui, parce que les gens derrière Twitter n’ont pas dit aux utilisateurs qu’il y avait une seule manière d’utiliser leur application. Ils l’ont rendue disponible et ont laissé la magie se produire. C’est ce que nous devons faire pour la lecture, car, étant donné les coûts de fabrication des livres papier, il y a très peu de chances qu’il cesse de devenir un luxe pour une partie de la population, à moins de faire en sorte que cette partie de la population soit plus riche.

 

Après (trois années) d’expérience, avez-vous réussi à connecter davantage vos cibles ?

Nous pensons que notre bilan est positif. Nous avons permis, d’une part, à des auteurs de rendre leurs livres accessibles aux lecteurs du monde entier, et, d’autre part, nous avons permis à des lecteurs du monde entier de se procurer ces livres. C’était notre pari et nous l’avons relevé. Toutefois, nous ne sommes pas satisfaits car notre objectif est beaucoup plus ambitieux que cela. Nous voulons permettre à un grand nombre de personnes de lire les œuvres que nos auteurs d’Afrique auront publiés. Nous voulons toucher 5 millions de lecteurs d’ici 2020. Nous sommes encore loin de cet objectif, alors nous ne pouvons parler de réussite, même si nous demeurons fiers de ce que nous avons accompli jusque-là.

 

sources: intelligences.info







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Cet article a été écrit par ajonews

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