Un étudiant est mort : Je laisse parler mon cœur


A riot policeman warns back men protesting proposed constitutional changes as they try to reach the National Assembly, in central Dakar, Senegal Thursday, June 23, 2011. Senegalese police lobbed tear gas at thousands of protesters who amassed in the capital Thursday to oppose proposed changes to the constitution that critics said would benefit longtime president Abdoulaye Wade and his family. (AP Photo/Rebecca Blackwell)

Si  vous avez été témoin des faits qui se sont déroulés  à l’Université de Dakar ces 72 heures, vous oubliez les banales principes et règles de morale qu’on vous apprend en première année de journalisme. Et vous êtes comme Thierry Roland quand la France perd ou gagne, ou comme Omar Dia qui pleure quand le Sénégal perd.  Bref vous laisser parler votre cœur, parce que c’est plus fort que vous. Si  vous avez tendu votre micro et pointé votre caméra à ces filles du pavillon P4 dans la nuit des événements, qui vous disent: «  ils  ne veulent pas  nous donner notre argent, et en plus de ça,  ils nous brutalisent, avec des yeux imbibés de larmes, déclenchées par les bombes lacrymogènes, mais celles-ci sont plus poignantes que  leur élément déclencheur. Vous seriez désarmé de tout votre courage, et vous devenez ridicule devant ses courageuses étudiantes, qui n’ont qu’une seule motivation: servir plus tard leur nation.

Et là vous comprenez que ce que la génération actuelle recherche, c’est en fait ce que toutes les générations ont toujours recherché, une vie qui ait un sens, un monde qui signifie quelque chose, la possibilité de tendre vers un certain ordre. Ils ne sont pas des fouteurs de désordre. Si vous aviez fait un tour au service médicale de l’Université Cheikh Anta Diop, pendant ces 72 heures écoulées, vous vous dites une seule chose malgré votre professionnalisme: les gens qui ont fait ces actes de vandalismes, ne sont pas des êtres humains, au pire ils étaient drogués. Si vous entendez le témoignage des personnes qui ont porté le corps de leur camarade Bassirou Faye couvert de sang, et dans un état méconnaissable, une autre chose vous reviens en tête : comment toute une nation, en tout cas une bonne partie, peut être hypocrite en se taisant sur ce qui s’est passé à l’université de Cheikh Anta Diop. Merci pour ceux qui ont dénoncé et qui continuerons à dénoncer.

Les révolutions des déshérités ont une curieuse tendance à déclencher une véritable révolution morale chez les nantis. La violence des étudiants n’est qu’une méthode pour parvenir à leur fin. La violence des étudiants est causée et voulue par les dirigeants de ce pays. Par contre comment un Etat qui a le monopole de la violence, peut se verser dans l’excès de celle ci ? Comment Macky peut demander à son ministre de l’intérieur de donner l’ordre de détruire les ordinateurs, les téléphones portables, bref tout ce qu’ils ont trouvé sur leur passage, et qui appartient aux étudiants, en dehors du crime ? Comment des policiers censés protéger des biens et  des personnes peuvent casser ceux-ci sans état d’âmes ? C’est du jamais vu ! Et Pourtant c’est la deuxième fois dans le régime de Macky que cela  se répète.

Comment les prêches du vendredi qui ont suivi ces événements sont passé à coté de cette actualité ? Alors qu’ils  nous ont emmerdé pendant,  plus d’une semaine  juste pour un livre de Sankaré qui n’a  blessé et tué personne ? Comment les imams de ce pays ont marché pour Palestine, et restés indifférents à ce qui s’est passé à l’Université Cheikh Anta Diop. Pourtant c’est aussi de l’oppression,  pourtant ce sont aussi des musulmans ? Pourtant ce sont les futurs serviteurs de ce pays. Alors que les étudiants ont pris la peine d’aller avertir tous les  guides religieux, même si que, je ne cautionne pas cet acte populiste, une tendance nulle adoptée ces derniers temps par tous les acteurs sociaux et politiques. Combien de fois, faut-il que je le répète que ses institutions religieuses ne sont là que pour maintenir le statu quo.  Ce qui se passe actuellement  au Sénégal sur toutes ses formes dénonce  la foncière hypocrisie et les contradictions de notre système sociétal, ainsi que l’échec apparent dans presque tous les domaines de la vie sociale et politique : des policiers  mal formés, des hommes politiques sans vision. Une société qui confond connaissance théorique et acte concret, une classe dirigeante qui est loin, loin de sa population, surtout déshéritée.

 Quand, pendant mes prêches ambulantes je me suis mis à expliquer les dérives de notre société, et que par la suite j’ai expliqué que la somme la plus élevée perçue par un étudiant était de 36 ooo F CFA, sinon c’est 18 000 frs, les gens n’en revenaient pas,  Comment pour une somme de 36 000 F CFA et pour un nombre minable, les étudiants peuvent rester pendant 10 mois sans être payer, au moment où on parle de bourses sociales pour les familles, de couverture maladie universelle, d’argent pour les femmes des ambassades, des millions offerts par l’ épouse du président.

Comment peut-on laisser encore les moralisateurs de ce pays continuer dans leur révolution de salon dénoncer les moyens des étudiants. L’importance que l’on attache à l’éthique de la fin et des moyens est inversement proportionnelle à la distance qui nous sépare du lieu du conflit.

  Ce que nous assistons montre la crétinerie invraisemblable de nos dirigeants politiques

L’Université de Dakar a été  encore le théâtre d’une barbarie, cette  violence répétitive est le résultat d’une société dont le vivre ensemble et les repères traversent de manière récurrente les discours, l’univers contemporain marqué par les turbulences de la mondialisation, la crise du politique et l’accélération croissante de l’injustice sociale, laisse se développer une violence ambiguë. D’une part, la fragilité actuelle des individus est telle que tout conflit se trouve rapidement confondu avec la violence, alors que paradoxalement, une société démocratique nécessite des espaces pour l’expression de la conflictualité. D’autre part la violence idéologique, dont la légitimé fit naguère l’objet de débats, laisse  place à une violence sans finalité politique. Pour parer à tout cela, il faut de la vision, il faut prévenir, il faut créer, mais est-ce que nos dirigeants politiques et religieux sont capables de comprendre  et de saisir cette dimension sociologique et philosophique?

Babacar Beuz Diedhiou







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Cet article a été écrit par ajonews info

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