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La jeune Afrique se rue vers la vieille Europe, cela est inscrit dans l’ordre des choses, comme l’était à la fin du 19e siècle, « la ruée vers l’Afrique » de l’Europe… Le nouveau décor du collège Maurice Scève – désaffecté – de la Croix-Rousse le montre parfaitement.

Des personnes d’un âge plus ou moins avancé s’occupent de jeunes mineurs africains fraîchement arrivés en France. La solidarité est admirable dans ces lieux, mais la tristesse, la déstabilisation, et le questionnement vous inondent au contact de ces derniers.

80 garçons « mineurs » isolés, privés de la protection de leur famille, arrivant essentiellement d’Afrique de l’ouest et d’Afrique centrale, après un voyage dangereux de plusieurs milliers de km passant par la Libye et l’Italie entre autres, occupent un collège, sous une réquisition citoyenne, dans le quartier de la Croix-Rousse de Lyon !

Visages émaciés par la fatigue, regard vide d’émotion et chargé de questionnements ; on sent la souffrance de ces jeunes ! Mais dans leur inquiétude et leur innocence, leur  incompréhension des enjeux qui les attendent dans cette nouvelle vie babylonienne, ils semblent dirent que ça ne peut être pire que ce qu’ils ont laissé derrière eux ! « C’est dur en Afrique », ronchonnent-ils tous !

Le spectacle, bien qu’il ne fasse plus pleurer, vu sa banalité, sa fréquence dans presque toutes les grandes villes d’Europe, et le paroxysme d’inhumanité, qu’il a connu il y a peu (traite, esclavagisme, pédophilie, etc….), garde toujours son flot d’interrogations sur notre responsabilité à tous, notre rôle à jouer… Que faire ? Que dire ?

Dans ces locaux pour l’instant dépourvus d’eau et d’électricité, des mineurs attendent  pitoyablement de l’aide. Le confort n’y est pas,  « mais nous avons connu pire dans nos périples »  disent-ils ! Un second souffle, un nouvel élan semble animer le cœur de ces mineurs, mais quel élan ? La force d’entamer cette nouvelle aventure, différente de celle vécue avec les réseaux transnationaux de passeurs, de trafiquants, d’agresseurs ; et qui sera rythmée de démarches administratives, juridictionnelles, de soucis de construction psychologique, sociologique, d’intégration dans une  nouvelle société, un nouveau monde… Une aventure pleine d’espoir peut-être, mais compliquée et déstabilisante… Il va falloir s’armer de patience ! Étant donné qu’on est mineur ou qu’on déclare être mineur, il faut attendre minimum 3 ans sans revenu, sans abri. Les siens laissés sur place le savent-ils, mesurent-ils les conséquences ?

Il faut les voir, leur parler, les écouter dans un lâcher prise total, sans avoir une réponse au préalable, pour comprendre le projet de ces jeunes. Il est beau et noble : réussir, avoir une vie meilleure ! Cet argument suffit-il pour combattre toutes les idées reçues, et changer de regard sur les migrations ? Suffit-il pour convaincre les autorités à réfléchir à une solution durable et moins politicienne ? Non ! Ils doivent trouver d’autres arguments : problèmes familiaux, homophobie, violences, persécutions politiques, ethniques et religieuses…etc.

Les nombreux militants, associations et habitants solidaires du quartier, eux, ne se sont pas posé trop de questions, leur première nature a parlé. Solidarité ! Humanité !  Ils se sont déjà organisés pour les repas et les nuits, ainsi que pour la mise en place de permanences administratives et juridiques ! Denrées non périssables (riz, pâtes, lentilles, sucre, lait, café, .. thé), produits d’hygiène et de toilette, de pharmacie ainsi que certaines compétences en travaux manuels sont déjà mobilisées. Et sur les murs on peut constater des adresse utiles : avocats, secours populaire, lieux de soins, pour prendre une douche… La solidarité est de mise, et elle est totale et sincère.

En attendant que les autorités de la métropole lyonnaise déclenchent la procédure d’expulsion comme à l’accoutumée, ces jeunes profitent d’un moment d’accalmie! Mais bientôt rebelote, un autre lieu, une autre organisation, une vraie vie de fugitifs avant la régularisation des plus chanceux, et l’Obligation de Quitter le Territoire Français pour les autres. Il n’est pas simple de venir en France ! Et pas du tout facile de vivre en France.

En voyant ces jeunes mineurs, on se dit que certes les migrations sont aussi anciennes que l’histoire de l’humanité, que toutes les régions du monde gardent les traces de grands courants migratoires, qu’il n’y a pas d’invasion, contrairement aux idées bêtes, incultes,  fausses et répandues, qui nient la réalité,  et qu’on n’accueille pas toute la misère du monde. Mais on se dit quand même que cette énergie mobilisée pour tourner le dos à Afrique, lui serait très bénéfique pour son développement ! Mais malheureusement les dirigeants africains sont bien loin de cette prise de conscience. Et les tenants du capitalisme ne veulent pas perdre leurs privilèges.

 

Babacar Beuz

 







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