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Même si elle est originaire du Fouta, le Sénégal oriental de ses profondeurs n’a pas de secret pour elle. Après avoir enseigné pendant plus de 10 ans au Lycée Mame Cheick MBAYE de Tambacounda où elle a contribué à l’éducation de jeunes adolescents devenus aujourd’hui des autorités dans la région et dans l’ensemble du pays et pour avoir piloté des projets sociaux dans les communautés locales, celle qui est devenue la deuxième Vice-Présidente du Conseil départemental de Tambacounda, tire sa légitimité politique de sa connaissance de cette localité qu’elle connait dans ses coins les plus reculés. Dans un entretien exclusif accordé à notre rédaction, Aminata DJIGO, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, membre de la Cellule des Cadres de l’APR, est revenue sur beaucoup de sujets : parcours politique, la place de la femme en politique, les acquis de la Parité et surtout les à y apporter afin de renforcer la place de la femme sénégalaise en politique. Même si pour la naturalisée du Sénégal oriental, il faut beaucoup de travail en profondeur pour que ces acquis aient les résultats escomptés.

Entretien…

Ajonews: Comme vous venez de le dire dans votre présentation, vous êtes la deuxième Vice-Présidente du conseil départemental de Tamba, comment êtes-vous entrée en politique et depuis quand?

Aminata DJIGO : Je dois dire que je suis entrée très tôt en politique, d’abord étant élève, j’ai milité dans les partis de gauche et ce militantisme a continué jusque dans mes années estudiantines, je fais partie de la génération qui a mené le combat de la première alternance au Sénégal,la génération qui a accompagné le Président Abdoulaye Wade pour son accession au pouvoir. Nous étions alors à l’Université et notre seul Objectif a été d’être active dans les mouvements pour une alternance politique. Après cela je fus élue au Conseil régional de Tamba d’alors et chemin faisant j’ai milité à l’APR (Alliance pour la République, parti du Président de la République). Et c’est dans ce cadre que j’ai été élue 2ème Vice-Présidente   Conseil Départementale de Tambacounda, ce qui constitue pour moi une très grande fierté car c’est une forme de validation et de reconnaissance à la fois des élus mais aussi des communautés. La politique est une passion chez moi, elle me fait vibrer, elle fait partie de moi car je suis intimement convaincue qu’elle permet d’impacter positivement sur le quotidien des sénégalais, en ce sens je pourrais dire que j’ai toujours fait de la politique, parfois de façon active, des fois de façon indirecte. Je dois dire que depuis maintenant 10 ans je suis très active en politique, ce qui m’a amené à être conseillère régionale, Vice-Présidente du Conseil Départemental et récemment investie sur la liste nationale du BBY comme suppléante.

Aj: Et si je vous disais qui est Aminata DJIGO, que me répondrez-vous?

A D: Alors je vous répondrai que je suis une fille du Fouta, plus précisément de Dimaat dans le Département de Podor, et par la grâce de Dieu je suis venue à Tambacounda comme jeune professeure et depuis je suis restée. Donc je pourrais dire que je suis une originaire du Fouta mais fille adoptive du Sénégal oriental. Et cela est suffisant pour définir ma personnalité, c’est-à-dire une femme ouverte au monde, et enracinée dans ses propres valeurs. Comme disait Senghor être à la lisière du « Donner et du Recevoir ». En ce sens j’ai fait le choix de rester à Tambacounda, c’est là où j’ai décidé d’accomplir ma Mission. C’est à Tamba et pour Tambacounda que j’ai choisi d’agir et nulle part ailleurs.

Aj: Mais le fait que vous ne soyez pas originaire de Tamba, n’est-il pas un obstacle à votre épanouissement politique?

A D: Oui peut-être (hésitation) que si j’avais milité à Dimât, cela aurait pu être plus facile parce que y aurait eu d’autres références, celles de mes aïeuls et de mes parents dont je suis du reste très fière. Etant petite-fille de Elimane Boubacar Kane peut-être cela aurait pu me servir dans le Département de Podor. Militant ailleurs, loin de mes terres ancestrales je devais toute seule me construire ma propre légitimité et cela j’en ai eu conscience très tôt et j’y ai travaillé pendant des années, par l’amour que je porte pour cette Terre de Tambacounda et de ses Habitants, par le travail que j’y ai accompli en participation à l’élargissement du savoir, par mon engagement politique et social. J’ai été de tous les combats, de la lutte contre les violences faites aux femmes à l’émergence par le savoir. Je tiens aussi ma légitimité de ma connaissance du Sénégal oriental des profondeurs pour y avoir enseigné pendant une dizaine d’années et piloté plusieurs projets de l’USAID, ce qui m’a permis de faire le tour de la région et d’être en contact avec les communautés. De Salémata à Saraya, en passant par Moudéry, le Sénégal Oriental n’a pas de secret pour moi. Ainsi chemin faisants, les populations même si elles ne connaissent pas mes parents me reconnaissent comme étant une combattante et je prends souvent l’exemple du Président qui est originaire du Fouta et qui a été élu Maire de Fatick et de là il est allé à la conquête de la magistrature suprême. Pour un coup d’essai avouez que ça a été un coup de génie.

Aj: Et vous en avez fait…

A D: Ah oui j’en ai fait et j’en tire une grande fierté. Rien que dans ma carrière en tant que professeure, beaucoup de mes anciens élèves sont devenus aujourd’hui de grands cadres de l’administration, des élus locaux, des Maires, d’autres sont dans le développement, beaucoup d’entre eux sont devenus des enseignants compétents et surtout engagés au niveau de leurs communautés.

Aj: Et en tant que femme politique, quelle appréciation faites-vous de la place de la femme en politique Sénégal?

A D: La femme a toujours été présente en politique, mais la question est « quelle place elle a occupé? » Elles ont toujours occupé des places secondaires, assignées dans des rôles d’animation, de mobilisation dans les partis politiques. La loi de la Parité a été une avancée majeure dans la représentation des femmes dans les institutions de gouvernance aussi bien au niveau national que local. Mais de mon point de vue il y a des améliorations à faire pour que cette loi puisse atteindre son objectif majeur qui est celui d’apporter une valeur ajoutée à la gouvernance de notre pays, elle doit permettre une représentation quantitative certes mais surtout qualitative. Tant que les femmes n’ont pas de postes de responsabilités dans les partis politiques elles seront toujours obligées d’être derrière des hommes pour avancer et cela fausse le jeu de la qualité de la représentation d’autant plus que dans les partis politiques il n’existe pas de mécanismes de sélection. La finalité de la loi sur la Parité était de permettre à des femmes dont le parcours force le respect de faire un travail de représentation pour leur communauté, c’est cela qui permettra de préserver les acquis de cette loi, mais si on n’y prend pas garde, elle risque d’être un goulot d’étranglement pour les femmes …

Aj: Faites-vous donc partie de ceux-là qui disent que la loi sur la Parité doit être revue?

A D: Non pas du tout. La loi sur la Parité est un acquis démocratique. Mais le défi c’est comment faire en sorte que celles qui sont choisies pour nous représenter aient toutes les qualités requises pour le faire. Cela je le dis aussi bien pour les femmes que pour les hommes. Et par rapport aux femmes, je dis bien qu’il y a un travail à faire pour que celles qui sont choisies soient représentatives de leurs communautés, ce n’est pas lié au fait qu’elles soient allées à l’école ou pas. Les partis politiques doivent s’approprier de cette loi pour qu’elle puisse être profitable à notre pays et qu’ elle puisse atteindre ses objectifs , c’est-à-dire permettre aux femmes, à des femmes de valeurs, d’occuper l’espace publique. Je regrette mais je pense qu’il y a un grand travail à faire à ce niveau.

Aj: Nous venons de sortir des élections législatives où comme dans la majorité des localités du Sénégal, la coalition présidentielle a aussi gagné dans votre département, quel message lancez-vous à tous ces tambacoundois qui vous ont plébiscité?

A D: Donc mes remerciements à la population de Tambacounda et à tous les acteurs politiques notamment à notre tête de liste départementale Maitre Sidiki KABA pour avoir réussi à assumer son leadership. On a gagné haut la main, mais c’est en 2019 par la Grace de Dieu qu’on va réaliser le plébiscite. Nos concurrents les plus sérieux la coalition gagnante/Wattu et Mankoo Taxawou Sénégal font respectivement : 14,29 et 8,01. Admettez qu’il n’ y a pas photo. Même si je concède qu’il y a un travail à intensifier pour amplifier ce taux en 2019 s’il plait à Dieu. Notre slogan est « 2019 Gnoko reess ».

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Aj: Merci Mme Djigo de nous avoir accordé cet entretien

A D: C’est moi qui vous remercie, tout le plaisir est pour moi

Propos recueillis par Mounass Makoar







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Cet article a été écrit par maimouna

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