Élections 2019 au Sénégal : pour qui voter ?


Ajonews.net

A part les quelques militants encartés, les sympathisants, les opportunistes et les « appâtés » du gain, qui eux votent  par intérêt, sans  vision, sans souci du lendemain, sans préoccupation des enjeux, tout le reste se pose énormément de questions, et pas des moindres…

Nous voilà seulement à quelques mois d’élections capitales pour le Sénégal, officiellement le 24 février 2019. Et ce qui me peine le plus au milieu de tout ça, c’est que je ne sais toujours pas avec certitude pour qui voter. Et je ne suis pas le seul… Mais il est normal que tout le monde s’y perde, quand on sait que les qualités pour gouverner ne sont pas celles qu’il faut pour accéder au pouvoir ! Pourtant, il faudrait s’oublier, ne s’intéresser qu’aux autres, surtout aux plus démunis, avoir l’audace de changer de paradigme. Or dans  cette course aux présidentielles, c’est l’avidité, l’égoïsme, le cynisme qui priment, le tout dans une médiocrité, et un simplisme infernal…

Mais, en plus de cela, aucune idée, ni idéologie, ni vision, ni philosophie affichées dans le discours des potentiels candidats! Même s’ils laissent parfois penser que les idéologies  connues aujourd’hui sont importées de l’occident, une chose est sûre : pour qu’une réforme en vue d’un changement dans n’importe quel domaine soit efficace et efficiente, celle-ci doit être théorisée empiriquement, conceptualisée et matérialisée. Mais dans l’état actuel des choses, on assiste à une superficialité du discours, une démagogie conformiste et erratique.

D’ailleurs, même les personnes qui disent avoir fait leur choix, ne semblent pas pour autant convaincues de ce dernier. Certaines d’entre elles me disent choisir le moins pire ! Par exemple le « tout sauf Macky », ou « parce que M. Sonko est honnête », ou « parce qu’Idy est bien placé pour éliminer je ne sais qui », ou bien « parce que Karim Wade commence à parler wolof », ou par empathie « parce que tel a été ou est emprisonné injustement » !

De l’urbanisation accélérée, des africains ou sénégalais esclaves en Libye, de la dégradation du niveau d’éducation, du pays défiguré par le chômage, de la pauvreté qui gagne du terrain malgré l’augmentation de la richesse, du sexisme, du productivisme, du pillage du pays et de sa démoralisation, ce qui le rend  incapable de déployer son formidable potentiel humain technique et culturel, peu est dit ou envisagé.

Quel genre de valeurs voulons-nous mettre en avant quand les enseignants et le personnel de santé sont mal payés ? Comment permettre à la classe la plus défavorisée d’accéder à une éducation et une santé dignes ? Quel est le discours visionnaire et solutionnant, pour un Sénégal qui se désincarne à tous les niveaux ? Quel est la position du Sénégal sur les grands défis collectifs que doit relever l’humanité entière (immigration des africains, dérèglement climatique, menace d’épuisement des ressources…) ?

Il faut un programme pour répondre positivement aux défis de notre temps, préparé sur une voire des années, par des milliers de personnes et non par une personne qui affabule, et qui emprunterait très largement aux travaux des experts, des syndicats, des collectifs citoyens.

De l’incompréhension  

Cette élection sera marquée par l’omniprésence des sondages, des « fake news », et de ce que je nommerais presque une surabondance d’informations : partout les avis fusent, se croisent et nous perdent. Une propagation et une propagande pavlovienne, dont les journalistes et les militants sous injections pécuniaires nous bombardent.

Pourtant, en élisant un président consciencieux et conséquent dans le contexte socio-politique actuel, nous jouerions un grand rôle dans l’Histoire. Un grand rôle qui m’échappe des doigts quand je tente de m’intéresser de plus près aux discours et aux programmes des candidats : pour ceux qui en ont un, je le trouve flou, voire carrément incompréhensible… On nous demande de voter pour des candidats dont on ne comprend pas forcément les idées, même en s’y intéressant et en se documentant sur la question, et pire encore, pour des candidats qui n’ont même pas de programme… Et je n’ai pas l’impression que tous ceux à qui l’on demande de s’inscrire sur les listes et par la suite de voter aient la réflexion nécessaire à un tel choix.

Il y a peut-être de la condescendance dans ce que je dis, mais je ne suis pas sûr que ma mère  ou mon père aient en leur possession toutes les données pour faire le bon choix ! Ce n’est pas de leur faute, les politiques et les religieux ont tenu ce pays et ses citoyens en otage ! En les privant de l’esprit critique, du rêve de liberté, de la culture, de la lecture, de l’esprit d’analyse et de compréhension de l’essence d’un choix, d’un acte ! Un « pourquoi »  réfuté et  refoulé dès la plus tendre enfance ! Les intellectuels de ce pays nous ont habitués à un monde politique relativement plat, où les propositions semblent finalement ne différer que peu entre une gauche et une droite modérées, où leur pragmatisme circonstanciel et bricolé est assimilé à une vraie vision, et où la transhumance est de mise.

Il est triste de voter par opportunisme et non en suivant ses valeurs à la lettre, et en se souciant de la génération future ! Pour d’autres, l’expression de leurs idéaux passe par l’abstention comme signe protestataire. Pourtant, il me semble inconcevable de laisser aux autres le loisir de décider pour moi. Hors de question de renoncer à mon droit de vote ! Je refuse aussi de me dire que « de toute façon, c’est tous des pourris » et « peu importe qui est élu, ma vie ne changera pas ». C’est faux !

Les problèmes de santé publique, d’accès à la santé, à la contraception, une nouvelle réduction des effectifs de santé et des enseignants, les razzias françaises, marocaines, chinoises sur notre patrimoine et nos ressources naturelles, pour ne citer que ceux-là dépendent de ces élections. Aujourd’hui on nous demande de choisir entre la peste et le choléra. Pourtant, le futur de notre pays dépend de nos faits et gestes politiques, en commençant par le vote ! Quel dilemme !

Alors voilà où j’en suis, un peu perdu à la perspective de cette élection qui arrive à pas de géant. Un peu dubitatif, plein de tristesse pour l’avenir de nos petits frères et de nos enfants, mais avec au moins une certitude : j’irai voter, en attendant ce politique qui évoquera la clairvoyance de la politique, sa sagesse, et qui proposera le changement du cadre fondamental dans lequel le Sénégal se débat aujourd’hui.

Babacar Beuz Diedhiou

 







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Cet article a été écrit par babacarbeuz

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