El Clasico : le grand Barça est-il de retour?


luis enrique

Le FC Barcelone impressionne depuis quelques mois. Mais pour François David (Eurosport), ce Barça est plus proche de celui de Rijkaard que de celui deGuardiola.

Le Barça 2015 (ou plus précisément depuis janvier 2015) peut-il être comparé avec ses glorieux prédécesseurs ? Est-il même légitime alors que la saison est en cours et que le club, évidemment, n’a encore rien gagné ? Oui, on peut le faire, malgré les grosses différences existantes entre le Barça de Pep Guardiola et celui de Luis Enrique.

Le plus logique voudrait que l’on compare l’équipe actuelle avec celle de Franck Rijkaard (2003-2008), celle qui a fomenté les futurs succès de l’actuel coach duBayern Munich. Mais la référence ultime du Barça – celle entrée dans la mémoire collective est celle qui a gagné deux Ligues de champions et trois Ligas en trois saisons -.  Le football n’a pas beaucoup de mémoire, on le sait. La présence de plus en plus massive des réseaux sociaux dans l’analyse sportive incite à l’oubli. On se concentre sur ce qui se passe et ce qui va se passer. On regarde peu derrière soi.

Il me parait évident que l’équipe de Luis Enrique est le prolongement de l’équipe de Rijkaard, vainqueur tout de même de deux Ligas consécutives et d’une Ligue des champions, en 2006 à Paris contre Arsenal.  Les principes de jeu de Rijkaard – homme choisi par Johan Cruyff lui-même – étaient simples. « Toque » et jeu rapide dit « vertical » pour exploiter au mieux les qualités de dribble (et l’inspiration) de Ronaldinho, l’instinct de buteur deSamuel Eto’o et la vitesse de Ludovic Giuly, qui allait peu à peu s’éclipser au profit d’un jeune prometteur, Lionel Messi.

« Toque » car avec Edmilson, Xavi et Deco, le Barça de Rijkaard avait de quoi taquiner le ballon. Il le faisait avec habileté, mais assez peu de patience finalement. Xavi, jusque-là vu comme un « 6 » classique avait été repositionné plus haut par l’entraîneur hollandais. Son but était de donner la dernière passe. Deco pouvait le faire également, mais son activité défensive était aussi intéressante qu´essentielle. Le Brésilien aimait aller au charbon. Quant à Edmilson, son rôle était d’aider l’axe central de la défense, tout en donnant le tempo des attaques. Ses transversales pour Ronaldinho (travaillées à l’entraînement sous les yeux de votre serviteur) étaient un classique.

 rijkaard

Un Barça de Rijkaard 2.0

Aujourd’hui, on se rend compte que le Barça de Luis Enrique est semblable dans l’entrejeu. Busquets ouMascherano comme « pivot » défensif. Iniesta pour Xavi etRakitic pour Deco. Si l’ex-joueur de Porto avait sans doute plus de « personnalité » et de poids dans le vestiaire (vainqueur de la Ligue des champions 2004, pilier du nouveau projet Laporta) que le Croate, son rôle était peu ou prou le même. Défendre, tacler et attaquer, frappes de loin, présence dans la surface adverse.

A l’époque, on ne parlait pas encore du milieu de terrain comme la grande référence du Barça. Son attaque était davantage commentée. Comme aujourd’hui. Neymarpeut être l’héritier de Ronaldinho. Sa créativité, sa capacité à éliminer en un contre un et son potentiel de buteur (supérieur à celui de Ronnie) sautent aux yeux. Suarez fait le travail dévolu à Eto’o en son temps. Pressing, buts et libération d’espaces pour ses partenaires. L’Uruguayen a aussi une capacité de mouvement énorme qui lui permet de se déplacer sur les ailes. Eto’o le faisait aussi très bien. Quant à Messi, il a évidemment évolué depuis ses débuts. Mais en retrouvant son poste d’origine, à droite du trio offensif (dans les faits, Messi reste libre de ses mouvements), il a retrouvé l’ambition et la fraîcheur de ses premières années chez les professionnels.

Messi est intelligent et a compris que la présence de Luis Suarez était une bénédiction pour lui. Suarez fait tout le travail obscur. Quant à la capacité de buteur de l´Argentin, elle n’a pas changé depuis son changement de poste/fonction. Messi a également développé une arme qui est devenue l’une des marques de fabrique de ce nouveau Barça. Sa passe en diagonale pour Neymar ouJordi Alba est fatale et déroute complètement les défenses adverses. Presque un classique. Messi est redevenu imprévisible dans ce « nouveau » schéma, qui fait la part belle à l’inspiration de ses attaquants. Messi peut tenter de déborder tel un ailier classique. Rentrer à l’intérieur pour frapper ou s’appuyer sur Suarez. Ou bien trouver Ney ou Alba dans le dos des défenseurs. C’est le nouveau Barça, ou plutôt un Barca de Rijkaard 2.0, qui fait la part belle aux attaquants. Plus qu’à l’entrejeu.

Les coups de pied arrêtés, le gros coup de Lucho

Si offensivement, Luis Enrique n’a rien inventé sinon redonner un coup de fraicheur (Enrique était titulaire dans la première équipe de Rijkaard, celle des Ronaldinho, Kluivert et autres Edgar Davids) l’influence de « Lucho » s’est faite dans deux domaines. La préparation physique et l’attitude défensive. Concernant le premier point, Luis Enrique a vu ce qui avait marché dans le passé. Donner un jour de repos à 48h du Clasico – consideré comme le vrai tournant du championnat – Guardiola l’avait fait en 2009, juste avant la victoire 6-2 au stade Santiago-Bernabeu. Ce sont Xavi, Iniesta et Messi qui lui ont rappelé et le coach a eu l’intelligence d’en tenir compte. Jour libre. Totalement.

Dans les faits – et c’est bon signe pour les supporters Culés – huit joueurs dont Messi sont allés parfaire leur condition au centre d’entrainement. Aujourd’hui, tout le monde est au top physiquement. Ils sont « enchufados » comme on dit en Espagne. Traduisez par « Chaud bouillant » pour faire vite. Un vrai grand mérite pour Luis Enrique, spécialiste de la préparation physique d’élite. Mais l’autre grand coup du coach blaugrana est la réorganisation du système défensif, notamment sur les coups de pied arrêtés, son plus beau succès. On ne fait pas 17 victoires en 18 matches rien qu’avec l´attaque…

Pendant longtemps, y compris sous Guardiola, les coups francs et les corners ont été un supplice. L’équipe ne travaillait jamais ce domaine. Les joueurs eux-mêmes le reconnaissent. Enrique a convaincu ses troupes de son aspect fondamental. Apres la double confrontation (et la qualification) du Barça contre l’Atlético Madrid en Coupe du Roi, Diego Simeone était revenu sur ce point en conférence de presse. « Ils ont beaucoup progressé dans ce domaine, rien à voir avec les années précédentes » avait reconnu en substance  « El Cholo ».

Comble de l’histoire, les coups de pied arrêtés sont devenus une force ! Non seulement Barcelone n’encaisse plus de buts (un bon test que ce Real Madrid puissant et athlétique), mais en plus il marque ! Gerard Pique en premier lieu. Mais il ne nous étonnerait pas que Jérémy Mathieu, l’un des spécialistes de la Liga ces dernières années, viennent placer une tête victorieuse ces prochaines semaines… La prochaine évolution de ce FC Barcelone sera probablement la gestion de ses temps faibles. L’équipe concède encore trop d’occasions. Claudio Bravo ou Andre Ter Stegen sont trop sollicités. Parfois, quand le pressing barcelonais est surpassé, l’adversaire s’installe même dans le camp blaugrana ! Si elle permet l’exploitation de contre-attaques – oubliées ces deux dernières saisons – laisser le ballon permet aussi que le rival se procure des occasions. Et parfois, c’est très chaud… C’est sans nul doute le gros point faible du Barça de Luis Enrique…. Et la grosse différence avec celui de Pep Guardiola.

Le Barça de Luis Enrique fait peur, celui de Guardiola asphyxiait

Pour illustrer ce papier, j´ai revu plusieurs matches entre 2010 et 2011, sensée être l’apogée du « grand Barça », que certains ont qualifié de « plus grande équipe de l’histoire« . La sensation est différente. Guardiola s’est appuyé au fil du temps sur une génération douée, au firmament de sa carrière, ambitieuse, et principalement issue de la Masia. Valdès, Puyol, Pique, Busquets, Pedro, Xavi et Iniesta, accompagnés de Lionel Messi. L’entrejeu contrôlait le tempo du match, avec Xavi venant chercher le ballon très bas. Guardiola avait misé sur le jeu de position, pour fixer l’adversaire, l’étouffer, le faire courir avant de trouver patiemment l’homme libre créant le décalage (généralement Messi).

Il y avait surtout une forme de fatalité avec ce FC Barcelone. Maître du temps et du terrain, il t’asphyxiait. Même les plus grandes équipes ne pouvaient sortir le ballon. Telle une vague, les assauts reprenaient constamment, loin, très loin du but de Victor Valdès. Apres le premier but encaissé, le rival baissait les bras. Guardiola faisait comprendre à l’adversaire que gagner était impossible. Le faire sur toute une saison relevait déjà de la performance. Guardiola le réalisa sur trois ans avant de prendre la porte en constatant les premiers signes de déclin. Une performance sensationnelle récompensée de deux Ligue des champions en trois saisons.

Luis Enrique est pragmatique. Il sait que sa meilleure arme se situe en attaque. Et que son trio MSN (Messi, Suarez, Neymar) n’est que meilleur avec un peu d’espace devant lui. Toute l’équipe travaille pour mettre la MSN dans les meilleures conditions. Comme il y a dix ans sous Rijkaard. L’équipe a moins de maitrise mais son attaque peut créer le danger à n’importe quel moment sur une action individuelle ou une inspiration. Un système « fun », mais qui laisse beaucoup plus de hasard que la machine de Guardiola.  Et où chaque défaillance peut se payer cher. La clé ? Revenir en arrière et constater que Rijkaard avait dit ceci le 11 mars 2005, suite à une élimination en C1 contre Chelsea : « Oui le Barça peut redevenir champion d’Europe comme en 1992. Nous avons payé très cher nos erreurs. Le jour où on les corrigera, alors nous soulèverons la Coupe« .







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Cet article a été écrit par Ajonews

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