C’est quoi Boko Haram ?


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Ils ont focalisé l’opinion internationale pour avoir kidnappé, le 14 avril dernier, 270 filles. En promettant, à travers une vidéo qui a fait le tour du monde, de soumettre ces dernières à l’esclavage, ils ont davantage explicité une idéologie qui honnit fondamentalement l’école occidentale. D’où le nom qui leur est attribué, Boko Haram, « l’éducation est un pêché ».

DE L’ISLAMISME AU TERRORISME 

« J’ai enlevé vos filles, je vais les vendre sur le marché. » C’est le message que le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, a voulu transmettre à travers une vidéo retransmise dans le monde entier. Entouré de quelques uns de ses lieutenants, celui qui se fait également appeler Abu Muhammad Abubakar Bin Muhammad, donne l’une des raisons qui explique l’attaque de l’internat de la localité de Chibok et le rapt des jeunes filles qui l’a sanctionné. « Nous sommes contre l’éducation occidentale et je dis stop à cette éducation » tranche-t-il, kalachnikov en bandoulière. Une nouvelle déclaration qui tend à confirmer la croisade de Boko Haram, qui, à coup de canon, entend éduquer les Nigérians autrement. Avant cette dernière grande attaque perpétrée le 14 avril 2014, le gouvernement nigérian dressait un bilan indiquant la destruction de près de 50 écoles en 2013. Après Al-Qaïda qui a dangereusement défrayé la chronique, le monde découvre un autre groupe qui  se particularise par le nombre de victimes qu’il laisse sur son passage. Mais si Boko Haram s’en prend aux établissements scolaires nigérians, la police nationale a été pendant longtemps l’objet de leur courroux et leur principale cible.

Une expansion tranquille

Fondé en 2002, dans l’Etat de Yobe au Nord du Nigéria aux confins du Niger, Boko Haram ne se révélera au grand public qu’en 2009, à la suite de violents affrontement ayant fait plus d’un millier de morts.

Au départ, un groupe de jeunes de Maiduguri avaient jugé leur Etat (Borno) trop corrompu et avaient décidé de s’exiler à Yobé où ils vont s’installer en érigeant une mosquée. Extrêmement à cheval sur les principes islamiques, ils ne vont pas tarder à attirer l’attention de leurs nouveaux voisins qui voyaient en eux « des talibans africains ». Se nourrissant comme du temps des premiers hommes, c’est-à-dire d’élevage, de pêche et de cueillette, ils ne vont pas tarder à se spécialiser dans la pêche. Ainsi, avec cette activité, ils vont développer une véritable économie. Suffisant pour que les autorités se pointent réclamant taxes et autres impôts. Les « talibans africains » rechignent à s’exécuter. Le premier face-à-face éclata en 2003. Les policiers furent chassés et leurs armes confisquées. Fort de ce premier succès, le groupe va susciter la sympathie et attirer de nouveaux adeptes. Seulement, la police s’étant révélée impuissante, l’armée sera déployée dans la zone pour faire le ménage. Retranchés dans leur mosquée, les « talibans africains » subiront de lourdes pertes, dont celle de Muhamed Ali, l’imam.

DEBUT DE LA RADICALISATION

Les quelques survivants vont revenir à Maiduguri, la ville qu’ils avaient désertée pour cause de corruption mais qui  constitue, pour être frontalière avec trois pays (Tchad, Niger et Cameroun), un atout stratégique majeur. Ce retour à Maiduguri a été perçu par beaucoup d’analystes comme le début de la mutation du groupe qui va davantage se radicaliser. Désormais, il est question de créer, au nord du Nigéria, à majorité musulmane, un nouvel État islamique appliquant la Charia. Pour avoir, entre autres, miraculeusement survécu à l’assaut de l’armée nigériane à Yobe, Muhamed Yusuf devint le chef incontesté du groupe qui va tranquillement s’agrandir, étendant ses tentacules jusque dans les pays voisins où des cellules vont être créées.

Avant de mettre en avant la lutte armée, le groupe va user de la prédication pour agrandir ses rangs. De nombreuses écoles coraniques seront créées, de multiples mosquées bâties. Et dans tous ces lieux, sermons, prêches et leçons vont remettre en cause tout ce qui représente l’État nigérian, sa constitution en premier. Pour Muhamed Yusuf et ses camarades, il faut contrer l’éducation publique nigériane qu’ils accusent d’aliéner les esprits. « Boko » le nom que les anglais avaient donné aux écoles qu’ils avaient construites  dans le pays et «  Haram » un mot arabe signifiant interdit, illicite, sont regroupés pour désigner  le groupe. Mais dans ses communiqués et autres déclarations publiques, le mouvement signe « Jama’atu Ahlul Sunna Lidda’awati Wal Jihad » (communauté des disciples pour la propagation de la guerre sainte et de l’islam). Secte islamiste pour la presse européenne, groupe terroriste pour les gouvernements nigérian et américain, Boko Haram va porter, jusqu’en 2008, un combat rappelant celui des indépendantistes des années 50.Muhamed Yusuf, le leader du mouvement va, fort de sa verve et des atouts mystiques qui lui sont prêtés, lui-même se charger « d’endoctriner » des milliers de jeunes qu’il rallie à sa cause. Face à la montée en puissance du groupe, le gouvernement nigérian va manœuvrer pour ne pas perdre le Nord de l’État. Profitant des derniers heurts qui ont opposé le groupe aux forces de sécurité, au poste de police de Maiduguri, le régime de Yar’Adua va déclarer la guerre au mouvement, après avoir arrêté et relâché son chef à plusieurs reprises.

Après avoir obtenu de nombreux renseignements sur le groupe, l’armée nigériane va simultanément attaquer, le 26 juillet 2009, ses quatre principales bases à Kano, Bauchi, Yobe et Borno. A l’issue de quatre jours d’âpres combats ayant occasionné plus de 1000 morts, les islamistes sont chassés de Maiduguri. Le 30 juillet de la même année, Muhamed Yusuf est capturé. Et, pendant qu’il est transfère, il est exécuté, une balle en pleine tête.

DEBUT DES ATTENTATS

Le groupe, loin d’être totalement anéanti, contrairement aux objectifs qu’Umaru Yar’Adua avait assigné à ses soldats, va se réorganiser. A la fois diminués et affectés par la mort de leur leader, ses membres survivants, qui se sont regroupés autour de Sanni Umaru, vont radicalement s’endurcir. Ce dernier va lancer un appel au djihad en août 2009, sans ébranler le régime qui répondait à coup de canons. De nombreux combattants vont passer les frontières pour se réfugier au Niger et au Cameroun. Le constat de leurs limites fait, le groupe va changer de tactique évitant les faces-à-faces mortels avec la toute puissante armée nigériane. Ainsi, en septembre 2010 les rebelles vont attaquer la prison de Bauchi de laquelle, ils vont libérer des centaines de détenus. L’assaut de la prison marque le début de l’ère des attentats contre tout ce qui symbolise l’Etat nigérian. Ainsi, à la fin du mois de décembre de la même année, le groupe va s’attaquer à plusieurs églises, ses exactions font des dizaines de morts. L’année 2011 ne sera pas plus tranquille. Boko Haram va perpétrer d’autres attentats les uns plus sanglants que les autres. Les élections présidentielles, d’avril 2011, qui porteront Goodluck Jonathan à la tête du Nigéria ne seront guère épargnées. En juin, des combattants de Boko Haram attaquent l’un des postes de police de Kankara et pour libérer des détenus, ils tirent sur tout ce qui bouge. Le gouvernement nigérian impuissant et dépassé va appeler à des négociations en juillet 2011. Boko Haram répondra en attaquant le quartier Damaturu, principalement habité par des chrétiens. 130 personnes périssent et 10 églises partent en fumée, selon le bilan établi alors par les autorités. Boka Haram ne va pas s’arrêter, les tueries vont se multiplier. Entre 2011 et 2014 pas moins de 52 attaques, faisant entre 4000 et 5000 tués, seront attribuées aux combattants du groupe terroriste. En plus des attentats, Boko Haram va se singulariser dans la prise d’otages.

IMPUISSANCE DU GOUVERNEMENT FEDERAL

Le monde s’interroge sur la première place qu’occupe le Nigéria en Afrique. Comment se fait-il que la première puissance africaine ne parvienne pas à démanteler le groupe terroriste qui existe depuis plus d’une décennie et qui ne laisse que des morts sur son passage ?  Pour de nombreux observateurs, le groupe a des ramifications jusqu’au plus haut sommet de l’Etat nigérian. D’ailleurs, le gouverneur de Kano, Ibrahim Shekarau, débarqué en 2011, a été longtemps désigné comme mécène du groupe. En plus, les combattants du mouvement islamiste, en plus d’être nombreux et fortement armés, semblent très rodés à la guérilla et disposent d’une forêt assez touffue pour se retrancher. Autant de contraintes qui font que la demande, de Michel Obama, la première dame des USA, qui disait «  Bring back our girls » (ramenez-nous nos filles), n’est toujours pas satisfaite.

 

 Mame Birame Wathie avec le  dailypost.ng







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Cet article a été écrit par ajonews info

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