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Les produits locaux exotiques bien emballés exposés sur des rayons bien propres et bien éclairés semblent retrouver le bonheur. Cette situation devenue normale est pourtant un élément de déstabilisation d’une économie très fragile. La modernité est belle! L’occidentalisation fait rêver, car à première vue, la facilitation, la flexibilité, le soulagement, l’amélioration des conditions de vie, et peut être l’embauche pointent leur nez, mais elle dissimule la misère, et augmente la corruption et la mendicité. Le manque à gagner est monumental! Une inflation incontrôlée, et des produits vendus au même prix que l’Europe, or le pouvoir d’achat est nettement différent. Et il faut le dire, le sort des producteurs locaux n’a pas changé, sans parler  de la dégradation  de notre santé.

Au moment où les Européens renouent avec les marchés locaux, l’achat direct auprès des producteurs ou petits vendeurs, l’Afrique, divorce avec les siens! La joie, le bonheur du Sénégalais moyen sont incommensurables sur les allées d’un supermarché. Il retrouve le rêve européen, il vit ce qu’il ne voyait jusque-là que dans les films et les téléfilms européens. Se promener, caddie ou chariot à la main entre deux rayons d’un magasin, un plaisir! Rapidité peut-être, propreté oui, éclairages flashy et trompeurs bien évidement, c’est même le symbole du capitalisme. Devant des caissières et chefs de rayons très fiers dans leurs tenues, les citadins occidentalisés ne regrettent pas les odeurs, le brouhaha, la joie de vivre des belles vendeuses, les allées serrées des beaux et anarchiques marchés de proximité! Un autre bon alibi pour s’éloigner et se différencier du pauvre… Sauf que la logique des grandes distributions est plus cynique. L’argent, encore l’argent, toujours l’argent! Prendre, à tout le monde, le riche, qui a les moyens,  la classe moyenne, les précaires, et même les pauvres,  ce n’est pas un souci! L’argent n’a pas de couleur, ni de classe !

D’ailleurs, c’est pourquoi ces supermarchés sont installés partout, dans tous les quartiers,  alors qu’il y a 10 ans de cela ils n’étaient que dans les quartiers dits chics.

La cacahuète et tous ses copains d’enfance ou de terrain de jeux (tamarin, madd, ditakh, bouye, solom, coco, niebé, tol, oranges, mangues…), ont grandi sagement sur le même étal, à même le sol, sous la surveillance d’une femme joyeuse, quelle que soit la recette de la journée. Aujourd’hui ils ont pris du grade. Ils sont désormais sur un beau rayon! Ils ont monté de plusieurs crans, et leur prix a augmenté fièrement! Un autre destin pour eux, mais pas pour leurs surveillantes et surveillants d’antan… Et pas pour leurs producteurs… Les petits commerces disparaissent, le paysage des quartiers change! Les vendeurs et vendeuses disparaissent, et pourtant les emplois qu’offrent ces supermarchés ne sont pas pour eux, ni pour leurs enfants, ni pour leur petits-enfants ! On demande un cv et une lettre de motivation, et de  bien parler français. Or leur progéniture n’a pas ces aptitudes, pas ces attitudes, et n’est pas non plus sur cette altitude ! Ces supermarchés demandent à faire une école de commerce, or ces vendeurs et vendeuses, n’ont pas les moyens de payer à leurs enfants les grandes écoles. En plus de cela, la grande distribution arrive au Sénégal avec les pires produits à portée des Sénégalais : des kilomètres de rayons de gâteaux industriels avec les pires additifs, des kilomètres de boissons sucrées avec les pires édulcorants comme l’aspartame, des prix invariants, des quantités plus faibles. Aucun problème, on ne change pas les prix mais on diminue les quantités. Une inflation masquée ! Qui pour contrôler tout cela ?

Et donc, la précarité et la pauvreté s’accentuent, parce que la classe moyenne qui a plus ou moins suffisamment pour vivre, et qui achetait chez les déshérités, ne le fait plus ! Parce qu’elle en veut davantage, veut assouvir son rêve, et a fait le choix des supermarchés ! Déchirés entre le désir de préserver le statu quo, afin de protéger le peu qu’ils ont, et la volonté de voir s’opérer un changement dans l’espoir d’en obtenir davantage, les membres de cette classe sont des personnalités déchirées. On pourrait les décrire comme des schizophrènes sociaux économiques et politiques. Généralement ils optent pour la voie de la sécurité, dans laquelle ils pourront profiter du changement sans pour autant perdre ce qu’ils ont déjà. Ils veulent avoir en main le plus possible d’atouts. Entre autres ressembler aux riches, fréquenter les mêmes endroits qu’eux, quel qu’en soit le prix! Et vu que cette classe est très nombreuse aujourd’hui dans notre société, la grande distribution se frotte les mains, et s’en sort royalement! Le pauvre, qui lui n’a pas les moyens intellectuels pour résister, emprunte tristement cette direction. Quitte à mendier, à  détourner, à vivre au-delà de ses moyens! Le Sénégalais moyen est sous le diktat de ces grandes distributions sans scrupules!

Les produits qui viennent de l’Europe sont vendus au même prix, et les produits locaux deviennent plus chers. A n’en point douter. Soyons convaincus que le profit est le seul et unique objectif de ces enseignes et de leurs actionnaires. Tout y est fait, étudié, analysé pour nous tromper, nous mentir et nous faire consommer les produits les plus addictifs, les plus chers et les plus dangereux pour notre santé.  Et en plus, notre fonctionnement, notre structuration, notre équilibre, notre vision écologique, la maîtrise de la chaine de production seront tous bouleversés ! Et ces femmes aux coins des rues, sur qui comptaient des familles entières, et ces vendeurs ambulants, et ces producteurs locaux sans défense? Ça tombe bien le Sénégalais préfère s’enorgueillir sur « la vache qui rit », plutôt que sur le lait local ! Eh bien s’il savait que celle-ci est le déchet du fromage… Que le gruyère qu’il mange est de mauvaise qualité, que le saucisson qu’il exhibe fièrement dans les clips et les films, c’est de la merde, à mon avis tout changerait ! Mais qui va l’en informer ? Qui va l’en alerter ?

Babacar Beuz Diedhiou







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Cet article a été écrit par ajonews

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