Adultère


Ousmane Tanor Dieng, First Secretary of

S’il faut faire le procès du parti socialiste sénégalais, il faut d’abord convoquer ses jeunes à la barre. Petite armée à l’énergie anesthésiée, qui aura en quinze ans, à coup de génuflexions, de peur, de vue dynastique, d’excès de respect, ruiné le potentiel d’un parti. Jeunes disséminés aux quatre coins du monde, ils ont eu ce privilège – accablé de faveurs indues -, de voyager, de jouir d’une éducation, d’avoir été, très souvent, des enfants de l’ex-classe dirigeante socialiste et à ce titre partiellement engagés dans le forfait de leurs pères. Ces jeunes s’organisent dans la diaspora, démontrent un appétit politique honorable, un attachement inconditionnel et abattent un travail de vulgarisation politique remarquable. Cependant, dans leurs grandes énergies, ils auront manqué l’entreprise préalable à la renaissance de leur parti : tuer les pères. Biologiques et politiques. S’affranchir et se désolidariser de leur héritage. Instaurer un radical changement générationnel, précédé d’un travail politique et idéologique conforme aux standards actuels. C’est visiblement trop leur demander, ils se complaisent dans leur entre-soi de fils de socialistes, se suffisent de quelques critiques périphériques, et finalement n’obtiennent que ce qu’ils méritent : l’échec. Même quand les libéraux perdent, d’autres libéraux prennent la place, en leur accordant dans le baiser de mort des alliances, deux, trois strapontins.

Je reste marqué par la suffisance des jeunes du parti socialiste. Leur promptitude à vous parler de leur parti comme « étant le seul parti », de leurs valeurs vantées comme supérieures. Ainsi convaincus de leurs ascendance, ils s’exemptent toutes réformes internes pourtant indispensables pour redonner corps à un parti et camper une véritable opposition, factuelle mais aussi idéologique. Quant à leurs aînés, personnifiés en Tanor Dieng, ils se pressent à tous les râteliers politiques, disposés à faire alliance avec tout et n’importe quoi, pour toujours se dérober des grands chantiers lors desquels leur médiocrité et leur illégitimité seront mises en lumière. La mode qui consiste à taper sur Tanor Dieng ne m’emballe pas, toutefois. Ce monsieur campe un type de politique assez sénégalais, la figure du gourou-bailleur, dont l’assise financière et la notoriété seules, constituent le vrai et unique crédit. Il survit alors aux échecs, toujours incontestable, certain que la jeune garde, amorphe, lui sera toujours acquise. Quelques coups de sabots de colère, mais elle rentre vite dans le rang, chez papa Tanor.

Le parti socialiste sénégalais et ses jeunes auront manqué des opportunités historiques pour renaître. La première se nomme Malick Noël Seck. Lâché et livré à la vindicte pour avoir osé contester l’autorité du parti. Comme toujours les arguments pour le ban sont ceux-là : offense à l’aînesse, ingratitude et égoïsme. Lobotomisés par leur propre asservissement, les jeunes l’ont lâché. J’ai toujours aperçu en Malick Seck, les fondements d’une pratique politique nouvelle, déterminée, sincère et constructive. Le bonhomme emporte avec lui aussi un certain éclat qui séduit.

L’autre opportunité, de moindre envergure, c’est de soutenir Aïssata Sall. Qu’elle soit comptable au même titre que Tanor dans la déliquescence du parti, sans doute, qu’elle ait brillé par son silence à des moments décisifs de l’histoire du parti, assurément, qu’elle se soit compromise en appuyant toutes les orientations du parti, probablement, mais elle porte en elle plus de chances de changement qu’une nouvelle pige avec Tanor. Question de souffle, de fraîcheur, de dynamique nouvelle.

Mais la seule opportunité qui compte et qui est urgente, c’est celle dont la jeunesse du parti est dépositaire. Celle d’éclore du tutorat des pères, celle de les affronter, celle de faire leur lessive familiale. C’est la dernière carte à abattre : celle de la contestation et de la proposition. Quels qu’en soient le coût, les désagréments et le désordre.

La politique sénégalaise a ceci de la pratique religieuse dont elle subit les influences, qu’elle favorise la visée dynastique qui rend les enfants infiniment redevables de pères pourtant tout sauf exemplaires. Ils perpétuent sans amender. Le socialisme ne recrute plus. Il ne séduit plus. Il est l’affaire d’une fratrie et d’une filiation, forcloses, consanguines dont seul un adultère peut favoriser le salut.

Elgas




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